Chiquistepeque
Jeudi 11 mai :
Chiquistepeque
C'est un tout petit village situé au bord de l'océan Pacifique. C'est comme le bout du monde : on ne le trouve pas sur une carte et on l'atteint après quelques heures de bus (les moins confortables et les plus fatiguantes de notre voyage) à travers la campagne du Guatemala. Mais une fois arrivés on savoure!
Construit sur le sable, le village ne respire pas la richesse mais les habitants semblent avoir le minimum pour vivre heureux : une ligne de bus, une école, quelques épiceries, un terrain de foot, un restaurant...et une bibliothèque.
Les maisons sont faites en parpain (quelques unes en bois) avec des toits en bois recouverts de feuilles de palmiers.
La cabane qu'on a louée pendant 10 jours était ravissante est assez confortable avec des hamacs devant.
La plage n'est pas vraiment accueillante avec le sable noir mais surtout avec un océan qui gronde en permanence et la baignade y est dangereuse. On sent d'ailleurs que le village est plus tourné vers la terre, la rivière et la lagune.
C'est de ce côté-ci que les hommes vont pêcher tous les jours le poisson et la crevette. Ils pêchent dans l'océan lorsqu'il est possible de franchir les vagues. L'autre activité qui fait vivre le village est le sel. Il y a en effet une grande étendue de salines le long de la plage qui emploient une bonne partie des hommes.
Le calme règne dans ce village où seuls les cris des animaux et le klaxon du bus (La Papaya) nous réveillent tous les matins. Il fait près de 35 degrés et même le vent est chaud. Il y a parfois des courants d'air vraiment très chaud qui nous font l'effet d'être prêt d'un feu de camp ou d'une cheminée! Et la nuit c'est pire puisque le vent s'arrête et qu'il n'y a plus d'air...
On a eu beaucoup de mal à s'adapter à cette chaleur écrasante qui nous a imposé le rythme tranquille typique des pays chauds.
Hamaca y Pescado
Si on est venu dans ce village très loin des lieux touristiques, c'est qu'on avait trouvé une association pour laquelle on se proposait d'être volontaires. Et ici on pouvait rester le temps qu'on voulait sans avoir à s'inscrire 6 mois à l'avance ou remplir quatre pages de je ne sais quoi.
Hamaca y Pescado est née en 2004 grâce à la volonté d'Anna (francaise) et d'Elfego (guatemalteque). Ils ont mis en place une bibliothèque et une ludothèque au bord de la plage avec pour objectifs d'inciter les enfants à la lecture et de leur permettre de découvrir des jeux éducatifs.
Ce projet ne fonctionne qu'avec des volontaires (tous étrangers) et la bibliothèque est fermée s'il n'y en a pas.
Nous avons donc animé ce projet pendant 10 jours avec des enfants de 5 à 14 ans. Pour les animateurs que nous sommes ca peut paraitre simple, mais le faire en espagnol c'est plus compliqué! Surtout pour moi...Heureusement que Claire maitrise et que les enfants ne sont pas moqueurs! Ils nous reprennent sans rire quand on se trompe de mot ou qu'on n'arrive pas à prononcer le r ou le j !
Nous avons pu créer des liens avec une vingtaine d'enfants. Et on a découvert qu'ils sont...comme ceux de chez nous! La même difficulté avec la lecture, les mêmes goûts pour les jeux, les mêmes blagues...C'était très amusant de retrouver cette ambiance après 9 mois de vacances.
La seule différence importante concerne l'éducation : pas d'école avant 6 ans et très peu d'enfants vont au collège, ce qui fait que leur niveau est très faible. C'est apparemment l'un des gros problèmes du Guatemala. C'est aussi l'un des gros enjeux de Hamaca y Pescado.
Les habitants
L'autre objectif du projet est la rencontre, avec les enfants bien-sur, mais aussi avec les familles. Nous avons été accueillis dans 2 familles pour les repas : celle d'Anabely et celle d'Angela. On a pu partager un peu de leur quotidien, découvrir la cuisine locale (avec beaucoup de poissons bien sur!) grâce à ces 2 très bonnes cuisinières et discuter de tout et de rien en se présentant nos pays et coutumes respectifs. C'était des moments très sympas et vraiment intéressants avec des échanges simples et beaucoup de curiosité de part et d'autre
Autant nos 2 expériences à Taquile et Ometepe avaient été un peu décevantes de ce côté là, autant ici on en a bien profité. De très belles rencontres.
Et puis il y a Elfego sans qui rien ne serait possible.
Elfego mène le projet avec l'aide de Julia sa compagne. Ils s'occupent du soutien scolaire des jeunes qui font leurs études secondaires par correspondance et de l'accueil des volontaires (quand ils ne se rafraichissent pas dans la piscine!).
Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils savent accueillir! Outre la jolie cabane mise à notre disposition, il y a eu la visite du village, l'historique et les explications du fonctionnement de la bibliothèque et beaucoup de discussions qui nous ont permis de découvrir Chiquistepeque et le Guatemala. Cet homme est préoccupé par l'avenir de ce village et de ses habitants et se démène pour aller de l'avant. Une des plus belle rencontre de notre voyage.
Nous avons quitté le village ce matin un peu tristes de partir mais tellement heureux de cette merveilleuse expérience. Rester un peu plus longtemps nous a bien traversé l'esprit mais on a encore envie de découvrir ce pays.
Peut-être une prochaine fois avec un groupe d'enfants de chez nous.
Ces quelques jours ici nous ont aussi montré qu'évidemment tout n'est pas rose au Guatemala. Outre le problème de l'éducation cité plus haut, on a pu se rendre compte que la protection de l'environnement était un enjeux important pour l'avenir du pays : le village est une poubelle (sauf dans les jardins des maisons), l'eau "potable"est surement polluée par les champs en amont mais il n'y a pas de sous pour faire des tests donc les habitants continuent à la boire!
Il y a aussi le problème de l'émigration illégale vers les Etats-Unis. Comme leurs voisins du Mexique et du Honduras beaucoup de Guatemalteques vivent là-bas sans aucun droit ni protection. Mais comme ils rapportent plus d'argent que le tourisme...
Le narcotrafique est toujours plus important à tel point que le président envisage de dépénaliser toutes les drogues. Nous avons même mangé notre dernier repas près d'une table partagée par un groupe de trafiquants...et de policiers!
Enfin le problème des filles-mères est très fort (3ème rang mondial) et on a pu s'en rendre compte dans le village.
Néanmoins le Guatemala est pour l'instant une très belle découverte pour nous. Autant les paysages que l'accueil des habitants nous donnent envie de poursuivre pendant quelques semaines notre voyage dans ce pays.
Nous sommes depuis cet après-midi au bord du lac Atitlan qui est, parait-il, l'un des plus beaux du monde...
Hasta Luego